Fabienne Kayser : « L’humain devrait se reconnecter à l’enchantement de la vie »

Enseignante pendant 25 ans au sein de l’Éducation nationale, Fabienne Kayser a démissionné pour s’investir notamment au sein de NovAgora, une école alternative qui a ouvert ses portes à Strasbourg en octobre 2017.

Il a fallu une longue maturation pour que Fabienne Kayser quitte la fonction publique alors que ses deux grands enfants de 20 et 22 ans ne sont pas encore autonomes financièrement. « C’est au hasard d’une rencontre que j’ai connu l’école démocratique et le projet NovAgora qui en découle. A Mollkirch, où j’enseignais, nous avions mis en place un projet d’innovation avec les parents. Nous organisions tous les ans une randonnée et un pique-nique. » C’est à cette occasion qu’elle rencontre Alexis, le compagnon de Cindy Kaercher, jeune femme à l’origine de l’école NovAgora. Utilisant les méthodes Freinet, ses enfants ayant été à l’école Steiner et intéressée par les principes Montessori, l’enseignante avait déjà une sensibilité et une longue pratique des pédagogies alternatives. De fil en aiguille, Cindy Kaercher l’invite à prendre part à la création de l’école mais Fabienne Kayser, qui est en arrêt maladie pour deux mois et demi, décline. La jeune femme insiste.

Finalement, nous avons fait les réunions chez moi et j’ai eu le temps de me renseigner sur l’école démocratique. Au départ, j’ai trouvé le concept très séduisant mais je me disais, non ça ne peut pas marcher.

Liberté et responsabilité individuelles

Dans les écoles démocratiques, comme à NovAgora, les enfants sont libres de choisir leurs horaires et leur travail et chacun a une voix dans le processus de décision et les règlements de conflits.

(Photo Fabienne Delaunoy – Les Défricheurs)

Ça peut faire peur à certains, souvent les parents craignent que leur enfant ne puisse pas s’adapter à la   société. Mais l’enfant connaît ses besoins, quel que soit son âge. Quand il est tout petit, il apprend à parler et à marcher naturellement et on ne le gronde pas quand il tombe ou qu’il fait des fautes de français. Mais quand il grandit, on lui impose ce qu’il doit apprendre et généralement, à l’école, on pointe davantage ce qu’il fait mal que ce qu’il fait bien.

Ce constat est aujourd’hui plus largement partagé qu’autrefois, mais ne date pas d’hier. Summerhill en Angleterre est la plus ancienne école démocratique toujours existante, fondée en 1921. La Sudbury Valley School, crée à Framingham dans le Massachusetts en 1968, est celle qui inspire encore largement les écoles aujourd’hui. On en compte une trentaine en France regroupée au sein de la Communauté européenne pour l’éducation démocratique.

Des lectures et des rencontres

« Finalement, au fil des rencontres, des lectures comme C’est pour ton bien d’Alice Miller, Oui, la nature est bonne d’Olivier Maurel, … Et je ne suis jamais allé à l’école d’André Stern, et des visionnages de films et documentaires, j’ai été très touchée par cette façon de penser et j’ai pris conscience combien les enfants sont soumis aux adultes. » L’enseignante se rend à la rencontre internationale des écoles démocratiques à Paris où elle entend notamment le témoignage d’enfants. « J’ai trouvé cette expérience incroyable de voir à quel point ils ont confiance en eux. » Toutes ces recherches et ces rencontres allaient dans le sens de ce qu’elle avait en tête. « Je me suis dit que s’il était important pour moi d’éduquer les enfants à la liberté et la responsabilité individuelles, je devais aussi l’appliquer à moi aussi. J’avais fait le tour de l’Éducation nationale et j’y perdais beaucoup d’énergie à vouloir la transformer de l’intérieur. Je voulais aussi montrer à mes enfants qu’il est important de sortir de sa zone de confort. »

Future créatrice d’entreprise

(Photo FD – Les Défricheurs)

Après avoir quitté l’Éducation nationale en juin 2017, elle s’investit à NovAgora, non pas en tant qu’enseignante mais en superviseur d’équipe et animatrice de cercles de paroles pour les parents, et ce, bénévolement. Elle va continuer à la rentrée prochaine dans cette école qui devait accueillir une trentaine d’enfants et d’adolescents de 4 à 17 ans. Mais son principal projet est de créer son entreprise d’accompagnement thérapeutique et de gestion des émotions. « Je n’ai plus envie d’avoir des horaires fixes. Personne dans mon entourage ne m’a dit que mon projet n’allait pas marcher, mais au contraire que c’était super et courageux ; mes enfants me soutiennent aussi. » Fabienne Kayser compte s’appuyer sur ses nombreuses formations effectuées tout au long de sa carrière. « Je me suis toujours intéressée à beaucoup de choses, notamment aux neurosciences et à l’anatomie. » Et surtout, elle a une réelle confiance en la vie.

L’humain devrait se reconnecter à l’enchantement de la vie au lieu d’être dans les peurs et le manque. J’espère que les parents et les adultes permettront aux enfants à garder tout au long de leur vie cette petite flamme qu’ils ont en eux.

Fabienne Delaunoy

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