Krysalis, les micro-crèches d’un nouveau genre à Strasbourg

Dans la multitude de crèches de l’Eurométropole, certaines sortent du lot : les 6 micro-crèches du réseau Krysalis se veulent innovantes par bien des aspects. Dans un cadre chaleureux et convivial, elles accueillent les enfants dans une aventure bilingue, franco-allemande, « éco-responsable » et ouverte aux pédagogies et gouvernances alternatives. Les Défricheurs ont fait un petit tour à Flick-Flack, où nous a accueilli Britta Berndt, l’une des fondatrices de Krysalis.

En ce vendredi matin brumeux, au 7 rue du Général de Castelnau à Strasbourg, une dizaine d’enfants de 3 mois à 4 ans déambulent dans la pièce principale de la micro-crèche Flick-Flack. Au sol, on trouve des tapis de jeux, des poupées qui traînent, et dans un coin, une dînette. Sur la petite table, certains s’affairent aux bacs remplis de petits copeaux de bois. Et quand ils ont fini, ils prennent l’initiative d’aller se laver les mains au tout petit lavabo, caché dans un placard où des étiquettes indiquent à qui appartient chaque serviette : Jonah, Niels, Emil…

[Le réseau Krysalis est une entreprise solidaire d’utilité sociale. Il compte 4 crèches à Strasbourg, une crèche à Lingolsheim et une à Hœnheim. La première structure a ouvert en 2015, et les autres ont suivi en 2016 et 2017. Chaque micro-crèche peut accueillir 11 enfants et est encadrée par une éducatrice de jeunes enfants/directrice, une animatrice germanophone, 2 aide puéricultrices, une volontaire allemande et, parfois, une stagiaire. S’ajoutent à cela 4 salariés en appui administratif sur le réseau : un référent financier, un référent personnel, un référent famille et un référent développement.]

S’immerger dès le plus jeune âge dans un environnement bilingue

C’est l’une des spécificités de Flick-Flack et des autres crèches du même réseau, Krysalis : elles sont franco-allemandes. C’est-à-dire qu’elles accueillent des familles et enfants français, allemands, ou franco-allemands ! Les fondateurs rappellent que c’est avant 3 ans que les enfants apprennent et reconnaissent les sons. Ils se targuent d’un environnement où les enfants sont immergés en permanence dans un environnement bilingue avec pour principe « une personne = une langue ». Sur place, le personnel peut être francophone ou germanophone, ou même dialectophone. En plus, ils rappellent que « le bilinguisme est aussi une seconde culture avec ses fêtes, ses traditions, ses repas, ses comptines, ses histoires, ses livres… ». En novembre, les crèches fêtaient d’ailleurs la Saint-Martin, célébrée particulièrement en Allemagne où les enfants se rendent généralement dans la rue avec des lanternes fabriquées par leurs soins.

Comme les autres crèches Krysalis, Flick-Flack accueille des enfants français et allemands (Photo DL/Les Défricheurs/cc)
Comme les autres crèches Krysalis, Flick-Flack accueille des enfants français et allemands (Photo DL/Les Défricheurs/cc)

Britta Berndt est l’une des fondatrices, la présidente du réseau et la référente pour le personnel. Elle raconte comment le projet s’est monté autour du franco-allemand :

L’initiative est partie de quatre parents, dont des allemands, qui venaient de crèches parentales. En Alsace, le bilinguisme à l’école est quand même bien développé, et on a des parents qui étaient eux-mêmes en école bilingue et veulent rester dans cette continuité. On partait donc sur l’idée du bilinguisme, c’est-à-dire qu’on ne fait pas d’apprentissage de l’allemand, mais simplement, on accueille avec bienveillance un enfant qui parle français, allemand, ou les deux. Le personnel est divers, on a souvent des jeunes volontaires allemandes qui viennent pour un an, ou moins. Cela apporte de la fraîcheur, car on a des difficultés de recrutement sur le volet germanophone.

C’est entre autres pour cette raison que peu à peu, l’univers linguistique de Krysalis réfléchit à changer : l’idée serait d’aller du bilinguisme au plurilinguisme, comme l’explique la présidente :

De plus en plus, on se dit qu’il est important d’accueillir toutes les langues maternelles de l’enfant. On avait eu par exemple une famille finlandaise. L’essentiel, en fait, c’est l’ouverture aux cultures, de favoriser un processus cognitif où on n’a pas peur de l’autre. On se dit que même le personnel pourrait parler d’autres langues.

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Elle estime que c’est une idée assez nouvelle à introduire dans les structures, que ce n’est pas une habitude pour les gens du secteur. Mais finalement, l’aspect linguistique ne serait pas primordial chez Krysalis. C’est l’ensemble de  la mentalité multiculturelle qui ferait de ses crèches des lieux à part :

Il y a peut-être un peu de la pédagogie allemande qui s’instille chez nous : par exemple, on tient à sortir tous les jours avec les enfants.

La preuve avec cette « méga poussette » de 6 places, qui attend sagement dans l’entrée.

Pédagogie alternative, respect et valorisation de toutes et tous

Sur son site, Krysalis décrit l’objectif de son projet pédagogique comme celui de « stimuler l’expression orale, le développement psychomoteur et la notion de plaisir ». Grâce au « jeu libre », l’enfant « développe confiance en lui, autonomie et créativité, à son rythme ». Britta Berndt raconte qu’à Flick-Flack et dans les autres lieux, toute pédagogie alternative est bonne à prendre. Le personnel s’inspire de pédagogies Steiner ou Montessori dans la vie de tous les jours, qui favorisent l’initiative et l’autonomie de l’enfant dans ses jeux et apprentissages (le tout à son rythme propre), l’expérimentation et la manipulation.

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L’autre spécificité, peut-être également inspirée d’une mentalité un peu « nordique », c’est la gouvernance et la gestion du personnel, tout en autonomie et considération, dont Britta Berndt parle avec volubilité :

Je crois qu’on se distingue vraiment par la gestion, moins « commerciale » que d’autres micro-crèches. On se débrouille pour qu’il y ait un taux d’encadrement suffisant pour que chacun puisse bien faire son travail. On fait des efforts sur la paye et sur les contrats, pour proposer des CDI. On a fait en sorte de travailler sur la gouvernance, de se faire accompagner sur le management. Chez nous, les équipes ont une certaine autonomie dans leur environnement de travail, il n’y a pas de hiérarchie prononcée, et on valorise les personnes : un diplôme de CAP petite enfance a autant de valeur qu’un diplôme d’éducateur, c’est un diplôme.

Des crèches éco-responsables

Surtout, l’accent est de plus en plus mis sur l’écologie, une disposition peut-être aussi « germanique ou nordique ». C’est devenu la priorité du réseau Krysalis pour ses crèches : évoluer dans le respect de l’environnement. Chaque structure cuisine ses propres repas, qui sont toujours de saison. Elles fabriquent aussi leurs produits ménagers maison. Krysalis a recours à des fournisseurs locaux et à l’agriculture raisonnée, et se dote d’équipements à basse consommation énergétique. Pour le réseau, « préserver la planète est une attitude qui s’apprend en le vivant ».

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Britta Berndt explique qu’il a fallu beaucoup de pédagogie pour que tout le monde prenne le train d’un quotidien plus durable :

Il a fallu éduquer, sensibiliser les professionnels et les parents, sur l’eau du robinet notamment, pour bannir l’eau en bouteille en plastique. On a fait un vrai lobbying anti-bouteilles ! Ce n’est pas évident pour tout le monde, mais je me dis que peut-être, maintenant, des gens du personnel et des parents vont se dire « Je vais prendre une gourde ».

Au final, c’est bien la mentalité particulière de la structure qui est plébiscitée. Quand les parents sont interrogés sur leurs attentes, elles collent bien avec ce que Krysalis essaye de développer : ils veulent du bio, des sorties et une crèche ouverte. Dans la mouvance des crèches parentales, ils viennent participer aux anniversaires, aux moments festifs, et gardent un vrai lien avec la crèche et les autres parents. Et bien sûr, ils cherchent un établissement à proximité de leur lieu d’habitation et de travail.

Le gloubi boulga de peluches n'attend que Jade, Emil et les autres pour une journée de câlins et de jeux (Photo DL/Les Défricheurs/cc)
Le gloubi boulga de peluches n’attend que Jade, Emil et les autres pour une journée de câlins et de jeux (Photo DL/Les Défricheurs/cc)

Un réseau en pleine expansion

Avec ses 6 crèches réparties à Strasbourg, Hœnheim et Lingolsheim, Krysalis a répondu à une demande criante. Et Britta Berndt estime qu’elle n’est pas encore satisfaite :

C’est une vraie problématique : partout, il n’y a pas assez de places. Il manque environ 1 place sur 2. C’est pour ça qu’il y a ce développement de micro-crèches, dont on fait partie. C’est le modèle le plus facile à mettre en place.

Heureusement pour les jeunes parents du coin, Krysalis ne compte pas s’arrêter là. Une nouvelle crèche ouvre en mars 2019 :

On se développe encore car la demande est là et qu’on a envie de projets. Pour bien consolider le réseau il nous faudrait 10 structures, pour l’équilibre économique, l’équilibre au niveau du personnel, du réseau, des interactions.

La déco à Flick-Flack essaye d’égayer la grisaille extérieure (Photo DL/Les Défricheurs/cc)

Ils ne s’y sont pas trompés : toutes les crèches sont complètes jusqu’en septembre 2019. Y compris la nouvelle crèche ouvrant en mars. Du coup, il y a même une liste d’attente.

Progresser sur la mixité sociale

Pour l’instant, malgré l’orientation « double-culture », aucun projet immédiat ne prévoit d’ouvrir des structures à Kehl, mais la porte n’est pas fermée à des petites « filiales Krysalis » : Britta explique que le réseau serait prêt à accompagner un ou une salariée qui voudrait ouvrir sa micro-crèche à Kehl ou dans son village alsacien.

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Le nouveau défi de Krysalis, ce serait plutôt de favoriser une plus grande mixité sociale, une meilleure ouverture, dans un secteur encore un peu élitiste (des propres mots de Britta), en raison des coûts d’une place en crèche, pris en charge totalement par les parents. Malgré tout, la présidente du réseau avance des pistes qui pourraient permettre à des revenus plus modestes d’avoir une place 5 jours sur 5 dans une de leurs crèches :

On a certains parents qui n’inscrivent leurs enfants que 2-3 jours par semaine et jonglent avec d’autres modes de garde. Nous, on a l’obligation de proposer une « place à caractère social » pour chaque structure, mais on a du mal à « l’attribuer ». Le coût pour ces familles est moindre, mais c’est Krysalis qui porte la marge. Alors on essaye de trouver des financements, dans le mécénat notamment. Par ailleurs, tous les parents peuvent toucher des aides de la CAF, échelonnées selon leurs revenus !

En attendant, il est temps d’enlever ses sur-chaussures et de quitter les enfants, aux sons de « Bis bald ! » et « A bientôt ! ».

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