Un café-orientation à la Maison Mimir pour aiguiller jeunes et moins jeunes

Au sein de la Maison Mimir, juste derrière les Bains municipaux de Strasbourg, un « café-orientation » accueille deux lundis par mois des jeunes, ou des moins jeunes, en recherche d’un guide, d’un accompagnant. Marianne Vollet-Gless, ancienne directrice de CIO en Alsace et Lorraine, distille ses conseils, entre écoute bienveillante et petits conseils pratiques. Entretien avec une ancienne professionnelle devenue véritable boussole pour les participants à ses « cafés-orientation ». 

La Maison Mimir résonne de musique et des éclats de voix enthousiastes de ses occupants. Située derrière les Bains municipaux de Strasbourg, au 18 rue Prechter, la maison grouille de monde venu donner un coup de maison pour retaper le vieux bâtiment qui date du 16e siècle.

L’entrée du bâtiment se fait par la cour, animée de musiciens et d’habitants du quartier ; en face du bar « prix libre » (chacun peut se servir librement et surtout, décider du prix de sa consommation), un espace « salon » avec des canapés qui se font face. Sur l’un deux, nous retrouvons Marianne Vollet-Gless, qui anime depuis novembre 2017 un « café-orientation », deux fois par mois, les lundis soirs.

(Photo EB - Les Défricheurs)
(Photo EB – Les Défricheurs)

Ici pas de piles effrayantes de brochures estampillées ONISEP : Marianne en a bien quelques-unes, qu’elle garde dans un gros classeur. Mais l’intérêt du « café-orientation » n’est pas là : Marianne ne veut pas se substituer aux CIO (Centres d’Informations et d’Orientation). Il s’agit plus pour elle d’ « offrir une écoute », une aide avisée apportée à « des personnes à qui [elle] ne demande rien, et qui parfois ne demandent rien d’autre » qu’une oreille attentive :

Les personnes que j’accueille ont souvent des difficultés d’accès aux institutions, parce qu’elles sont un peu paumées avec les discours très codifiés, ne trouvent pas l’information ou ne parlent pas bien français. Du fait de mon expérience professionnelle [elle était directrice de CIO en Alsace et en Lorraine, ndlr], je sais que le discours de l’orientation peut être obscur, et nécessite d’être retravaillé avec les personnes pour être compris. C’est là mon rôle !

Une information « trop souvent verticale »

La retraitée, qui pourrait parler des heures de son ancien métier de conseillère d’orientation, ne manque pas d’esprit critique sur sa profession :

Les jeunes que je reçois font souvent face à un manque de considération dans leur parcours : on n’a pas compris en France que l’information doit toujours être interactive. Malheureusement souvent l’Éducation nationale valorise l’information verticale, sans vraiment s’intéresser aux récepteurs, c’est-à-dire le jeune mais également sa famille. Les guides d’orientation et les brochures sont utiles, mais il faut les considérer comme une matière à retravailler pour être mise à la portée des personnes qui n’ont pas les codes institutionnels.

(Photo EB - Les Défricheurs)
Il est prévu, pendant les travaux de rénovation de la Maison Mimir, d’y installer des studios d’artistes, ainsi que des logements qui seraient loués au prix symbolique d’un euro. Le rez-de-chaussée est déjà (plus ou moins) aménagé. (Photo EB – Les Défricheurs)

Marianne Vollet-Gless, du haut de son expérience professionnelle, propose en effet une approche différente, encourageant les jeunes (et moins jeunes) à prendre des risques :

Je les encourage à envisager des parcours originaux. On peut mettre les pieds dans les chaussures de ceux qui nous ont précédés, mais on peut aussi inventer de nouvelles chaussures et pourquoi pas de nouveaux chemins. Les personnes qui viennent ici ont de toute façon une sensibilité particulière, celle d’envisager de nouvelles manières d’inventer la société.

Parmi les personnes qu’elle reçoit, des jeunes bien sûr, mais aussi des adultes en perte de repères ou simplement venus chercher une écoute. Des Français, en rupture familiale ou qui connaissent des difficultés d’insertion professionnelle, mais aussi des étrangers, certains sans papiers, qu’elle a suivis sur plusieurs années :

J’ai en tête l’exemple de deux jeunes filles arrivées en France en 2012, ne parlant pas français. Elles ont poussé la porte du CIO où je travaillais, et ont bénéficié d’un suivi à long terme : aujourd’hui, dix an après, elles ont obtenu leur diplôme et leur carte de séjour !

Marianne traîne cependant avec elle quelques regrets, notamment le souvenir d’un jeune Congolais, mineur isolé arrivé en France après avoir subi des violences dans son pays d’origine : après l’avoir suivi pendant trois ans, elle l’a perdu de vue et n’a aujourd’hui plus de nouvelles.

La Maison Mimir, lieu d’accueil des alternatives

Pendant la conversation, les habitués de la maison Mimir vont et viennent, les uns simplement là pour saluer les copains, les autres pour donner un coup de main dans la remise en état de la maison. Ancien squat, le bâtiment occupé par les « Mimiriens » fait l’objet d’un accord avec la Ville de Strasbourg : après avoir accepté de sécuriser le bâtiment (pour un coût total de 15 000 euros), elle propose en mars 2013 un bail emphytéotique aux occupants, leur permettant d’occuper la maison au moins jusqu’en 2033.

(Photo EB - Les Défricheurs)
La Maison Mimir, en pleine reconstruction, propose des ateliers, des apéros, des concerts… et s’adresse à des « Mimiriens » en recherche d’un mode de vie alternatif, plus solidaire, tourné vers l’autre et plus respectueux de l’environnement. (Photo EB – Les Défricheurs)

Montés en association, les Mimiriens proposent depuis des ateliers, concerts, repas partagés, et prévoient d’installer à l’étage un studio d’enregistrement, un atelier d’art plastique… et même des logements, au loyer symbolique d’un euro.

C’est cet esprit qui a poussé Marianne à devenir adhérente de l’association, et à proposer ses « cafés-orientation » dans le salon de la maison :

La maison est en chantier, tout comme mon café-orientation, avec des personnes qui viennent et repartent… Ce sont souvent des personnes qui connaissaient préalablement la maison Mimir, et qui en partagent les valeurs de solidarité, de partage, et la volonté de créer une société meilleure, plus accueillante, plus tolérante. C’était pour moi le lieu parfait pour m’installer. J’espère ne jamais avoir à en repartir !

Les « cafés-orientation » de Marianne Vollet-Gless sont organisés deux lundis par mois, de 17 heures à 19 heures, à la maison MIMIR (18 rue Prechter à Strasbourg). Après la pause estivale, ils reprendront en septembre. Pour la contacter : mvg.afl67@gmail.com

 

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